Unis par l’unique : agir ensemble pour une prévention renforcée et des soins centrés sur la personne
Chaque 4 février, la Journée mondiale contre le cancer offre l’occasion de rappeler une réalité essentielle : le cancer n’est pas une seule maladie, mais un ensemble de maladies, aux manifestations, aux traitements et aux évolutions différentes selon l’organe atteint et la personne concernée.
Sur le plan médical, le cancer se définit comme une multiplication anarchique et incontrôlée des cellules de l’organisme, pouvant toucher pratiquement tous les organes. Cette diversité explique que l’on parle aujourd’hui des cancers, tant les formes, les signes et les approches thérapeutiques varient d’un cas à un autre.
Dans un contexte de transition épidémiologique marqué par l’évolution des modes de vie, le cancer, comme la plupart des maladies non transmissibles, est en nette augmentation partout dans le monde, y compris au Bénin.
Le cancer au Bénin : état des lieux et enjeux de santé publique
Au Bénin, on estime à plus de 15 000 le nombre de personnes vivant actuellement avec un cancer, avec environ 7 500 nouveaux cas diagnostiqués chaque année. Les cancers sont responsables de plus de 5 000 décès annuels, traduisant un lourd impact sanitaire, social et économique.
La maladie touche davantage les femmes : sur les nouveaux cas annuels, plus de 4 000 concernent des femmes, contre environ 3 500 hommes.
Les cancers les plus fréquents au Bénin varient selon le sexe :
- Chez la femme : cancer du sein, cancer du col de l’utérus et cancer du foie ;
- Chez l’homme : cancer de la prostate, cancer du foie et cancer colorectal.
Face à cette situation, le Bénin, sous le leadership du Ministère de la Santé et avec l’ensemble des parties prenantes, s’est doté d’un Plan National de Lutte contre le Cancer 2024-2028, qui constitue le cadre de référence des actions menées.

Une stratégie nationale structurée et multisectorielle
Le Plan national de lutte contre le cancer repose sur quatre axes stratégiques majeurs :
- Renforcer la disponibilité des infrastructures, technologies et médicaments à tous les niveaux du système de santé ;
- Développer une offre de soins et de services complets, décentralisés, intégrés et de qualité ;
- Renforcer la disponibilité des ressources humaines qualifiées ;
- Améliorer la gouvernance, le partenariat, le financement et le système d’information.
Dans cette dynamique, le Bénin a mis en place un registre du cancer à Cotonou et à Parakou, outil essentiel pour mieux connaître les cancers les plus fréquents, orienter les stratégies de prévention, améliorer le dépistage précoce et planifier la prise en charge.

La mise en œuvre de cette stratégie repose sur une approche multisectorielle et multipartenariale, associant les structures publiques, les collectivités, la société civile et les partenaires techniques et financiers.
Cette coordination est illustrée par les cadres de concertation mis en place, notamment dans le cadre du partenariat public-privé pour la lutte contre le cancer.
Prévention : agir dès aujourd’hui sur les facteurs de risque
La prévention demeure le levier le plus efficace pour réduire durablement l’incidence du cancer. À partir de l’analyse des facteurs de risque communs aux maladies non transmissibles, le Ministère de la Santé, à travers le PNLMNT, promeut une approche simple et accessible résumée par la formule 0-0-5-30-3P :
- 0 alcool
- 0 tabac
- 5 portions de fruits et légumes par jour
- 30 minutes d’activité physique quotidienne
- Une alimentation Peu salée, Peu sucrée et Peu grasse

A cette formule magique qui permet de vitre mieux et plus longtemps, il faut ajouter la vaccination anti-HPV pour les femmes et la vaccination contre l'hépatite B.

Ces comportements protecteurs contribuent significativement à réduire le risque de cancer et d’autres maladies chroniques.
Dépistage précoce : un enjeu vital
Le cancer reste particulièrement meurtrier au Bénin en raison du dépistage souvent tardif. Dans de nombreux cas, les premières phases de la maladie sont silencieuses ou peu gênantes, ce qui retarde la consultation.

Certains signes doivent cependant alerter et amener à consulter sans attendre :
- apparition ou augmentation de volume d’une masse ou d’une partie du corps ;
- saignements inhabituels ;
- pertes vaginales anormales chez la femme ;
- lésions buccales persistantes ;
- troubles du transit intestinal durant plus de trois semaines ;
- difficultés urinaires chez l’homme ;
- plaie qui ne guérit pas ou grain de beauté qui change d’aspect.
Aucun symptôme inhabituel ne doit jamais être banalisé.

Focus sur le cancer du col de l’utérus : un cancer évitable
Le cancer du col de l’utérus est aujourd’hui l’un des cancers que l’on peut prévenir et éliminer. A cet effet, l'OMS préconise une stratégie reposant sur 3 piliers :
- Vaccination: 90 % des filles sont complètement vaccinées contre le papillomavirus humain à l'âge de 15 ans ;
- Dépistage : 70 % des femmes bénéficient d’un dépistage réalisé à l'aide d'un test de haute performance à l'âge de 25 ans et à nouveau à 45 ans ;
Traitement: 90 % des femmes atteintes de lésions précancéreuses sont traitées, et 90 % des femmes atteintes d'un cancer invasif prises en charge.
En effet, 80 à 90 % de ces cancers peuvent être prévenus grâce à la vaccination contre le papillomavirus humain (HPV).
Ainsi, depuis fin 2025, le gouvernement béninois a lancé la vaccination contre le HPV pour les filles de 9 à 14 ans, avant l’exposition au virus, afin de prévenir ce cancer à long terme.
Par ailleurs, le dépistage des lésions précancéreuses du col de l’utérus est aujourd’hui simple, disponible et accessible, notamment grâce au projet SUCCESS, qui offre un dépistage gratuit aux femmes à partir de 25 ans. À ce jour, le dépistage par test HPV est opérationnel dans cinq départements, avec une extension progressive en cours, tandis que le dépistage des lésions précancéreuses du col de l’utérus sont disponibles dans l’ensemble des départements du pays.

Dépister et traiter ces lésions 10 à 15 ans avant l’apparition du cancer permet d’éviter la maladie.
Enfin, le 3eme pilier relatif a la prise en charge s'ancre solidement dans les partenariats noués par le gouvernement à cet effet.
À travers ces actions, le Bénin intègre de manière cohérente les trois piliers recommandés au niveau international, tout en inscrivant cette approche dans un renforcement plus large et durable de la prise en charge du cancer.
Renforcer la prise en charge : des investissements majeurs
Afin de consolider durablement la réponse nationale face au cancer, le gouvernement béninois a engagé un partenariat stratégique avec la Fondation Claudine Talon et les laboratoires Roche, donnant lieu à un projet d’investissement de plus de 30 milliards FCFA sur cinq ans, incluant l'accès à certaines thérapies innovantes et personnalisées.
Ces ressources contribueront à renforcer :
- la prévention ;
- le dépistage et le diagnostic ;
- la prise en charge médicale et thérapeutique.
Par ailleurs, le Centre Hospitalier International de Calavi (CHIC) permet désormais l’accès à la radiothérapie, renforçant ainsi la chimiothérapie moderne et la chirurgie oncologique spécialisée déjà disponibles dans nos hôpitaux de référence, réduisant considérablement les évacuations sanitaires à l’étranger.
Le cancer de l’enfant : une priorité émergente
Le cancer touche également les enfants, avec près de 500 nouveaux cas estimés chaque année au Bénin. En Afrique subsaharienne, moins de 20 % des enfants atteints de cancer guérissent, principalement en raison des diagnostics tardifs.
Le dépistage précoce du cancer chez l'enfant permettrait de renverser cette tendance. Pour ce faire, les parents doivent être vigilants face a la persistance de certains signes malgré les traitements pour débusquer précocement les cancers chez l'enfant :
- un oeil qui louche, reflet blanc dans l'oeil
- des saignements
- fièvre répétées
- des gonflements ou des ganglions
Grâce à l’engagement de l’État et au rôle central de la Fondation Claudine Talon, un centre national de référence dédié à la prise en charge des cancers de l’enfant a été mis en place à Porto-Novo. La prise en charge y est gratuite, et une Maison des parents permet d’héberger les familles pendant le traitement. Ces infrastructures ont été construit par la Fondation Claudine Talon.
Service d'oncologie Pédiatrique au CHD-Ouémé
Maison des parents
Unis par l’unique, engagés pour la santé de tous
À l’occasion de la Journée mondiale contre le cancer 2026, le PNLMNT, sous l’impulsion du Ministère de la Santé, appelle à une mobilisation collective durable autour de la prévention, du dépistage précoce et de l’accompagnement des personnes touchées.
Être unis par l’unique, c’est reconnaître la singularité de chaque parcours, agir tôt et ensemble pour réduire durablement le poids du cancer au Bénin.
La prévention commence aujourd’hui.
Chaque consultation compte.
Chaque vie est unique.